Lucile Maffre, étudiante de l'université Claude Bernard Lyon 1, a effectué une année à l'université de Tartu en Estonie lors de son programme d'échange ERASMUS. Lucile nous a fait part de son expérience. 

                

 
 

1) Logement :

Lors de mon programme d’échange ERASMUS, effectué à Tartu, en Estonie, je voulais améliorer mon niveau d’anglais et donc de profiter des mises à disposition de logements étudiants. Lors de l’inscription, j’ai bien stipulé que je ne voulais pas la présence de personnes de nationalités françaises dans l’appartement. Les logements sont composés de trois chambres (deux personnes par chambre), d’une salle de bain d’un cabinet de toilettes et d’une cuisine. Les appartements étaient plus ou moins grands mais les variations n’étaient pas flagrantes. Il y avait uniquement des filles ou des garçons dans le même « box ». Sur un même étage, les appartements étaient alternés (appartement de filles suivi d’un appartement de garçons, etc). Durant le premier semestre, j’ai eu la chance de m’entendre très bien avec mes colocataires (nationalités différentes : deux allemandes, une italienne, une slovaque et une finlandaise). Nous devions faire la cuisine et le ménage nous-même (mise en place d’un système de roulement pour faire les tâches ménagères). Ce logement m’a parfaitement convenu, c’était une façon très efficace d’être dans l’univers ERASMUS, avec des étudiants d’autres nationalités, de niveaux d’étude différents, de domaines d’étude différents, de cultures différentes et d’opinions différents. Pour étudier, ce n’était pas toujours facile car il y a toujours du va et vient dans l’appartement mais l’accès au centre-ville et à la bibliothèque étaient très faciles. Il suffisait de traverser un pont et le tour était joué ! Etant donné que Tartu n’est pas une très grande ville, tout est plus ou moins à proximité. Le logement étudiant était à 5 minutes du centre-ville, à 7 minutes de la gare routière et à 1 minute du magasin pour faire les courses. Le pôle physique/chimie/médecine de l’université de Tartu n’est pas dans le centre-ville malheureusement, contrairement aux départements de langues, de droits, d’économie, de social, de politique, etc.

Pour rejoindre le campus physique/chimie/médecine, on peut prendre un bus mais j’ai personnellement pris l’option du vélo (à part quand les chutes de neige étaient trop importantes). Le prix du loyer était absolument raisonnable au 1er semestre (environ 120€ par mois). A savoir que ça n’a pas l’air beaucoup mais quand on pense qu’il y a 6 personnes dans un appartement de 60 mètres carrés, ça fait un peu réfléchir… ! La caution était de 100 euros à déposer en cash à l’arrivée. La caution ne m’a pas été utile car il n’y a eu aucun incident durant mon séjour. Les étudiants qui sont arrivés au 2ème semestre avaient des conditions totalement différentes : 210€ par mois (une femme de ménage passait une fois par semaine et possibilité de changer les draps quand bon vous semble) et une caution de 600€ (ce qui, pour moi, est inadmissible, cette somme est bien trop élevée). N’ayant pas rompu le contrat entre les deux semestres même si je n’étais pas sur place pendant un mois et demi (j’ai quand même payé le loyer), je n’ai pas eu les conditions des nouveaux arrivants. Si tel avait été le cas, je pense que je ne serai pas retournée dans ce logement et j’aurais trouvé un autre endroit. Le loyer par mois dépend : de la consommation d’eau, d’électricité, de si on est un étudiant pour un court terme ou pas (deux semestres sont considérés comme court terme donc 20€ de loyer en plus par mois), de s’il y a intervention d’un plombier/électricien/autres sur l’étage (si quelqu’un casse la porte de l’étage, tous les résidents de l’étage doivent payer, coûts qui s’élèvent pas 0,02 euros par personne, donc pas excessifs non plus !), de si on fait des machines à laver le linge (2€ par machine ; l’utilisation du sèche-linge est gratuite).

La connexion internet était comprise dans le loyer mais elle n’était pas tout le temps efficace. J’ai souvent eu à sortir dans le couloir afin de pouvoir capter de façon plus régulière et moins saccadée (notamment pour les Skype, qui demandent une certaine rapidité). Avec les conditions du 1er semestre, ces logements restaient la meilleure option et l’option la plus économique. Avec les conditions du 2ème semestre, je pense qu’il est certain de pouvoir trouver un logement plus grand, avec d’autres colocataires, pour les prix moindres.

 
 

2- Argent :

En Estonie, tout est simple au niveau des paiements, même si on veut acheter quelque chose à 0,10€, on peut payer par carte ou donner un billet de 20€, ils ne diront rien par rapport à la monnaie ou ne réclameront pas une consommation de minimum 10€. Les
bornes automatiques pour retirer de l’argent sont assez présentes, on en trouve un peu partout (mais attention à bien les utiliser car ils ne donnent pas la carte en premier mais l’argent retiré, donc il ne faut pas partir sans sa carte). Le choix des langues sur les machines sont assez larges et comprennent l’anglais donc il n’y a pas de soucis pour savoir quelle action on fait sur la machine. L’unité monétaire ne change pas en Estonie, ça reste l’euro, donc je n’ai jamais eu de frais supplémentaires avec la banque ou de transactions refusées. Pour payer le loyer, on peut le faire par internet ou par cash (en se rendant au bureau prévu à cet effet mais
rien de bien sorcier). L’argent n’a pas été un souci durant mon séjour.

 
 

3- Santé :

Etant donné que j’ai une mutuelle spécifique car je prends un traitement médical régulier, je suis couverte à 100% par la sécurité sociale. La seule chose à faire est de bien garder les factures, les ordonnances du médecin pour pouvoir faire un dossier complet au retour en France et de pouvoir se faire rembourser. Les conditions sont bien spécifiées donc il n’est pas difficile de se préparer et de remplir correctement les papiers demandés.

 
 

4- Télécommunications :

L’Estonie est un pays connecté, il n’y a rien à dire sur ça ! N’étant pas très branché sur les réseaux sociaux, je n’ai pas besoin d’utiliser mon téléphone ou internet à toutes les heures de la journée. C’est pour cela que j’ai choisi de ne pas prendre de forfait
téléphonique et de fonctionner seulement avec le Wi-Fi. Sur les places, dans les rues, dans les restaurants, dans les bars, dans les endroits publics, la connexion est très facile à obtenir et gratuite (la plupart du temps, il ne faut pas de code. S’il y en a un, c’est pour avoir une connexion sécurisée). De nombreux amis ont pris une carte de téléphone rechargeable, ce qui fait qu’ils pouvaient ajouter de l’argent sur la carte en fonction de leur utilisation mensuelle.
Il n’y a pas de solution unique, chacun s’adapte à ses envies et à la façon dont il veut être joignable. Pour la communication, il y a plein d’applications téléphones qui fonctionnent avec internet (Whatsapp, Skype, Viber, Messenger, etc).

 
 

5- Vie universitaire :

La vie universitaire en Estonie est assez relaxante (est-ce parce que je faisais partie d’un programme ERASMUS ?) mais les systèmes d’enseignement et d’apprentissage sont très différents de ceux français. L’université de Tartu est assez réputée
pour recevoir un grand nombre d’étudiants étrangers, ce qui fait que le système administratif est très bien organisé. Avant notre arrivée, nous étions déjà en contact avec la responsable des relations internationales. Nous savions déjà son nom, son activité, ses horaires d’ouverture, etc. Notre accueil était très bien préparé, les informations étaient très bien données, les documents à récupérer/fournir étaient clairement définis et listés. Il n’était pas possible de se tromper. Si nous avions un doute, nous pouvions facilement rendre visite à la responsable des relations internationales ou tout simplement lui passer un coup de fil ou lui envoyer un email.
Les cours n’étaient pas très fréquents (à raison de 20h par semaine pour 34 ECTS dans un semestre) mais le travail personnel était primordial. J’ai eu la chance de tomber dans un programme particulier : le programme Excellence in Analytical CHemistry (EACH), qui sélectionne les meilleurs étudiants de chimie dans le monde entier. Nous étions une trentaine d’élèves fixes sur les deux semestres. Tous venaient des quatre coins du monde (du Mexique au Philippines en passant par le Nigeria et la Russie). Ces étudiants-là avaient un très bon niveau, ce qui m’a poussé à étudier avec eux et de faire un certain nombre de progrès. Les
professeurs privilégient beaucoup les travaux de groupe et les présentations, ce qui développe le côté de pouvoir travailler en équipe et la prise de parole devant un certain nombre de personnes. Etant donné que nous n’étions pas nombreux, nous avions une relation privilégiée avec les professeurs, qui étaient très présents, disponibles et curieux. C’était un plaisir de pouvoir être aussi proche des enseignants. Les cours étaient sous format de power point, ce qui ne change pas de la France mais ils ne durent qu’une heure et demie. Deux cours sont espacés d’une demi-heure. Pour les examens, les professeurs donnent une liste de x questions (entre 60 et 200) dont seulement un petit nombre (2 ou 3) vont tomber pour l’examen final, ce qui pousse l’étudiant à répondre aux questions et surtout de ne pas avoir de surprises lors de l’évaluation finale. Un très bon système qui me semble bien pertinent. Une session de questions/réponses et organisée avant l’examen final. Les étudiants se mettent d’accord avec le professeur pour fixer deux dates d’examen.

 
 

6- Vie quotidienne :

Je ne pense pas vous surprendre en disant que l’Estonie n’est pas le pays le plus ensoleillé et le plus chaud de la planète ! L’hiver m’a paru très long car les journées sont très courtes (seulement 5 heures de « lumière ») mais l’été, c’est l’inverse (5 heures de nuit). Les chutes de neige ne provoquent pas une panique totale de la ville (contrairement à ce qui pourrait se passer dans le Sud de la France, d’où je suis originaire !), les installations sont bien prévues et tout fonctionne à merveille. Le froid n’a pas été un grand problème : il suffit de bien se couvrir et le tour est joué. Le rythme de vie était différent au premier et au deuxième semestre. Le 1er semestre était plus tourné vers l’hiver donc les gens restaient plus à l’intérieur pour se réchauffer/étudier. Le 2ème semestre se dirigeait vers l’été donc il y avait plus de gens dans les rues, les fleurs étaient de retour (même s’il a neigé jusqu’au 11 Mai).
Tartu, malgré sa petite taille, m’a étonnamment surprise par rapport au nombre d’activités/découvertes/rencontres/concerts/spectacles qu’elle propose. C’est une très belle chose de faire vivre une ville et qu’il y en ait pour tous les goûts. Tout le monde pouvait y trouver son bonheur. De prime abord, les Estoniens ne sont pas très chaleureux mais une fois que la glace est brisée, ce sont des personnes adorables et très serviables. Il y a certaines règles à respecter bien entendu, comme de ne pas traverser au bonhomme rouge sous peine d’une forte amende ou de porter un « réflecteur » l’hiver car il fait trop sombre. Les magasins sont ouverts jusqu’à tard le soir (22 ou 23h pour les supermarchés), ce qui est très pratique pour faire des courses de dernières minutes. Il n’y a pas de fermeture entre midi et quatorze heures. Comme déjà évoqué un peu plus haut, Tartu est un petite ville et le réseau des bus est bien développé (ça couvre entièrement la ville). Des cartes d’abonnement peuvent être achetées à la gare routière. Personnellement, j’avais pris l’option du vélo, également facile à trouver dans Tartu. Au niveau de la nourriture, rien ne change bien de la France (à part peutêtre le rayon de yaourts et de fromages qui n’existent pas !) On trouve de tous les produits et pour tous les goûts. Ne nombreux restaurants proposent des cuisines variées. Quelque chose de magique : les menus du jour le midi pour 3 ou 4€ ! Les prix sont très raisonnables, voire très peu chers si l’on compare à la France. Ne nature plutôt sportive, j’ai pu m’inscrire dans un club de volley-ball et de badminton. Des tournois de football, étaient organisés toutes les semaines. Ce n’est pas chose facile de trouver un club ou un sport mais avec un peu de persévérance, on y arrive !

 
 

7- Bilan et suggestions: 

Je ne vais pas faire dans l’original, mais ce séjour à l’étranger aura été plus d’enrichissant, sur des plans totalement différents. Il y a deux ans, j’ai eu la chance de pouvoir faire un autre séjour d’un an à l’étranger (Australie) mais le contexte était vraiment opposé car j’y allais pour apprendre l’anglais. L’expérience a Tartu était sur le plan scolaire (j’ai pu valider ma première année de Master en chimie analytique) mais l’atmosphère quotidien m’a bien plus apporté. Outre le fait de partager un appartement avec 5 autres filles de nationalités différentes, de formations différentes et de caractères différents, c’est également pouvoir découvrir la culture estonienne, qui m’était inconnue jusqu’à présent. Curieuse de savoir comment un programme ERASMUS se déroulait, curieuse de savoir comment réagir à la vie en communauté, curieuse de savoir comment étudier dans une langue autre que la langue natale, curieuse de faire des rencontres inopinées, curieuses et avide de nouvelles expériences. La principale difficulté rencontrée a été la relation longue distance avec mon petit ami mais telle était notre décision ! La distance avec les amis et la famille n’a pas été un déchirement pour moi car il existe maintenant des moyens de communication très efficaces qui permettent de communiquer même plus vite que si on se trouve dans le même pays ! La langue n’a pas été une barrière pour moi non plus car je connaissais déjà l’anglais. Les cours dans cette langue me faisaient un peu hérisser les poils mais finalement, tout s’est bien passé. Les professeurs parlaient de manière très correcte avec un accent tout à fait compréhensible et une rapidité modérée. Mes projets personnels et professionnels ont évolués au cours de ce séjour, et comment ?! Mon année à Tartu était la première année de master. Dans le but de continuer mes études et d’obtenir le diplôme l’année prochaine, je me suis lancée dans une recherche de stage à l’étranger (Argentine). Une fois trouvé et après discussions avec les professeurs de l’Université Claude Bernard Lyon 1, nous avions convenu que je pourrai faire 6 mois de cours et 6 mois de stage. Après un petit moment d’attente, le maître de stage en Argentine m’a contactée et m’a proposé une offre d’emploi (pour un an) plutôt qu’une offre de stage. Comment refuser ?! Me voilà en pleine préparation de visa pour l’Argentine. Alors oui, je vais faire une pause entre mes deux années de Master mais cette expérience n’est pas synonyme de vacances !

Pendant le séjour, j’ai souvent pris contact avec les personnes responsables de relations internationales (en France et en Estonie), pour savoir où en était le processus. J’ai également eu un bon épaulement de la part du personnel enseignant/secrétariat de mon université à Lyon. Bien entendu, les professeurs en Estonie étaient très disponibles pour répondre à nos éventuelles questions. Les échanges se faisaient par email. L’établissement rhônalpin a été très efficace pour la préparation et pour le retour en France. Tout s’est passé à merveille et nous avons eu les informations en temps voulu. Avant mon départ, je suis entrée en contact avec une étudiante qui allait suivre le même parcours que moi (elle était de nationalité française). Elle-même connaissait une étudiante rhônalpine ayant déjà effectué un séjour dans le même établissement d’accueil que nous. Par ce biais, nous avons pu avoir des renseignements et des petits tuyaux.

Lorsque l’on part à l’étranger, il est difficile de savoir les erreurs que l’on peut éviter car elles dépendent de l’environnement dans lequel on est, le tempérament des locaux, les choses pour lesquels nous avons franchi le pas de partir à l’étranger (nos motivations). Chaque pays est différent, même s’ils sont voisins. Après l’Australie où j’étais jeune fille au pair, je suis partie étudier en Estonie et me voilà en route pour l’Argentine pour avoir une expérience professionnelle dans un laboratoire de biotechnologie ! Ces trois voyages sont des voyages de relativement longue durée (un an) mais ils apportent tous quelque chose d’unique. La préparation d’un séjour à l’étranger peut se faire par la prise de renseignements en masse mais c’est bel et bien sur le terrain que l’on peut juger si l’on était bien préparé ou non !

Pour ceux qui vont partir, je leur dirais de respecter ses propres convictions et son tempérament. Si la personne est plutôt stressée alors il est bien de prendre contact avec des gens sur place, des personnes qui ont eu la même expérience l’année précédente, poser des questions qui les correspondent, etc. Il n’y a pas de question bête et il ne faut pas hésiter à partir le plus confiant possible. Si la personne est plutôt confiante dès le début alors l’aventure ne lui fera pas peur. Je dirais qu’il vaut mieux être déçu que d’avoir des regrets. Les imprévus seront toujours autour de nous, ce n’est pas à l’étranger qu’ils s’évanouissent ! Il est également important d’avoir une bonne relation avec les enseignants et les personnes responsables des relations internationales.

Les échanges internationaux sont quelque chose qu’il faut maintenir le plus possible. Cela est bénéfique autant pour les étudiants que pour les enseignants mais aussi pour la Région qui les envoie.
En effet, montrer que la région Rhône-Alpes s’ouvre à l’étranger et un vrai plus. Lorsque que j’ai terminé mon BTS il y a maintenant 4 ans, j’étais à la recherche d’une université qui proposait des
programmes d’échange à l’étranger. L’université Claude Bernard Lyon 1 est une université réputée et qui s’ouvre à l’étranger. Concernant la bourse régionale, je pense que c’est tout à fait honorable de la part de la région de vouloir participer aux déplacements des étudiants à l’étranger. Le montant n’est pas négligeable et la bourse permet un certain épanouissement de ceux qui partent à l’étranger. Pour ma part, tout s’est bien déroulé et à tous les niveaux, ce pourquoi je ne peux reprocher quoi que ce soit d’apporter aux échanges internationaux ou à la bourse régionale. Je terminerai mes quelques pages par un grand MERCI pour votre soutien, grâce à vous, j’ai pu vivre une année universitaire unique et je suis certaine que ça a donné un tournant à ma vie.